Exploitation éhontée de l’humour proustien

Exploitation éhontée de l’humour proustien

 

C’est de moins en moins drôle… Il fut un temps où l’on se devait de s’ennuyer à lire Proust et à en parler d’un ton compassé. Ces derniers temps, c’est à qui en fera le plus tordant des écrivains. Ça commence à me mettre de mauvaise humeur.

 

Proust ?

Réponse de Pierre Assouline, en 2011 dans son Autodictionnaire Proust : « Rarement un romancier aura déployé un tel raffinement à se montrer farcesque ».

 

Hippolyte Wouters répond par L’humour chez Proust, Éditions La Pensée universelle, réédition en 2012 d’un ouvrage de 1995.

 

Réponse de Jean-Yves Tadié, dans la préface à la version imprimée de Ça peut pas faire de mal, l’émission de Guillaume Gallienne (Gallimard/France Inter), en 2014 : « Proust redevient grâce à [l’acteur] l’auteur comique qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être […]. Que de lecteurs ainsi gagnés à Proust grâce à lui qui ne soupçonnaient pas, tant tout le monde est sérieux ou tragique dans ce pays, en l’auteur de Du côté de chez Swann un rival de Labiche. »

 

Réponse de Jean-Marie Rouart, dans Vosges Matin, début 2016 : « « Je ris très souvent avec Proust, mon meilleur copain ».

 

Réponse de Jonathan Kirsch dans le Jewish Journal, trois semaines plus tard : « La distance entre Marcel Proust et Groucho Marx ne semble pas si vaste ».

 

Le 1er avril 2016, Lambert Wilson et Jean-Philippe Collard ont donné à Laon un concert-lecture, Un Humour de Proust.

 

Laure Hillerin a publié en mai Proust pour rire, Bréviaire jubilatoire de À la recherche du temps perdu, chez Flammarion.

 

Et voilà que j’apprends la parution, chez Payot, en 2015, de Les sautes d’humour de Marcel Proust.

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Je me le suis évidemment procuré. Cette fois, le coupable s’appelle Serge Sanchez, déjà auteur, en 2013 de La lampe de Proust et autres objets littéraires (Payot, 2013) que je n’ai pas lu.

 

Dans l’avant-propos de son dernier opus — facile et rapide à écrire, mais il faut bien justifier la présence de sa signature —, il est appelé à noter une réflexion que, de son aveu même, ses lecteurs ne peuvent pas lire. Pour corriger cet état de choses, la voici : « Je suis sûr que la plupart de mes lecteurs ont sauté l’avant-propos et qu’ils parcourent ce recueil au hasard chez un libraire. Ils se réjouissent en lisant quelque aphorisme patiemment recherché par mes soins, et cela sans être passés à la caisse. Ne dites pas non. » C’est la première fois que je vois un écrit interpeller ses non-lecteurs.

 

Cela dit, je devrais éviter moi-même de faire le malin ayant voulu créer un cercle de fans baptisé RAP (Rire avec Proust) ou CHER (Club de l’Humour Épastrouillant de la Recherche) ou AFP (Amicale des Facéties Proustiennes).

 

Nobody’s perfect !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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