Marie Scheikevitch, Marcel Proust et moi

Marie Scheikevitch, Marcel Proust et moi

 

J’ai failli en tomber de mon lit !

La nuit dernière, France Culture a diffusé la dernière partie d’entretiens avec une salonnarde amie de l’écrivain rencontré pour la première fois en 1905 —merveilles de la radio.

Ce qu’on appellerait aujourd’hui une interview a été réalisé par Roger Pillaudin en 1960 — émotion garantie.

La dernière partie, consacrée à Proust a été diffusée la nuit dernière. C’est passionnant, mais ce qui a provoqué mon ébahissement survient dès la présentation : les deux premiers mots étaient mon prénom et mon nom suivis de « rapporte sur son site « Le fou de Proust » — et de citer un passage ce que j’avais écrit dans une chronique le 2 mars 2015 :

« Marie Scheikevitch est la fille d’un riche magistrat russe et collectionneur d’art installé en France en 1896. George D. Painter la présente comme « une des maîtresses de maison les plus intelligentes et les plus en vue de la nouvelle génération ». Protectrice d’artistes et d’écrivains, elle fréquente les salons puis fonde le sien. Elle est l’amie de Jean Cocteau, d’Anna de Noailles, de Reynaldo Hahn, de la famille Arman de Caillavet, et de Proust. Elle joue un rôle dans le lancement de Du côté de chez Swann en le recommandant à son amant Adrien Hébrard, l’influent directeur du Temps qu’elle appelle « Nounou ».

Entretemps, elle a épousé un musicien, Pierre Carolus-Duran, fils du peintre, qui la trompe. Le mariage prend fin par une tentative de suicide au revolver alors qu’elle a vingt-deux ans, et un divorce.

Dans une lettre à Hahn, écrite fin août 1912, Proust confie : « Elle m’a déchiré le cœur en me disant que la vieille Arman était venue lui demander des renseignements sur la manière dont elle s’était tirée son coup de revolver. Ma seule consolation est que cela peut être interprété dans ce sens qu’elle avait envie de se… manquer. »

« La vieille », c’est Léontine Arman de Caillavet, maîtresse attitrée d’Anatole France qui, en 1909, apprend que pendant un voyage en Argentine, son amant se distrait avec l’actrice Jeanne Brindeau. C’est après le retour de France à Paris que Mme Arman veut mettre fin à ses jours et cherche cette leçon particulière (Mme Scheikevitch le raconte dans Souvenirs d’un temps disparu paru en 1935).

Au cours de l’été 1917, raconte encore Painter, Marie donne à son ami un allume-cigarettes composé de deux sous anglais. C’était un présent de son jeune frère qui combattait sur le front. « Savez-vous, lui écrit-il en réponse, que vous le retrouverez dans le livre. » Effectivement, Le Temps retrouvé liste les bijoux dont les Parisiennes élégantes se parent pendant la guerre, dont des « allume-cigarettes composés de deux sous anglais, auxquels un militaire était arrivé à donner, dans sa cagna, une patine si belle que le profil de la reine Victoria y avait l’air tracé par Pisanello ».

Les liens de Marcel et de Marie connaissent des hauts et des bas, mais, préparant sa mort, le romancier demandera à Céleste Albaret, comme un geste de réconciliation, de renvoyer à son amie la relique sacrée. »

 

Très honnêtement, ma part personnelle dans les informations relatées est quasi nulle. Je suis d’autant plus surpris — et honoré — d’être ainsi placé en exergue d’une « Nuit de France Culture ».

L’émission dure soixante-cinq minutes. Goûtez la voix de Mme Scheikevitch racontant « son » Proust à elle.

http://podtail.com/podcast/les-nuits-de-france-culture/entretiens-avec-marie-scheikevitch-4-4-portra/

 

Une voix, des souvenirs : Marie et Marcel comme si nous y étions.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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