Une gare de 140 ans

Une gare de 140 ans

 

Proust a cinq ans quand Illiers commence à être desservi par le rail. Le premier train arrive le 7 mai 1876 — lui montera dedans deux ans plus tard—, mais le projet date de Napoléon III. En venant de Paris, les voyageurs, dont la famille de Marcel, doivent changer à Chartres, sur une ligne ouverte en 1849. La ligne qui relie Chartres à Brou est alors exploitée par la Compagnie du chemin de fer d’Orléans à Rouen, puis par les chemins de fer de l’État.

966 Gare Illiers

 

Cent quarante ans plus tard, tout rond, ne serait-il pas temps de sortir des cartons municipaux un projet ourdi avec la SNCF de plaque en l’honneur de l’écrivain qui évoque l’arrivée par rails dès la première page du premier volume d’À la recherche du temps perdu ?

*On reconnaissait le clocher de Saint-Hilaire de bien loin, inscrivant sa figure inoubliable à l’horizon où Combray n’apparaissait pas encore ; quand du train qui, la semaine de Pâques, nous amenait de Paris, mon père l’apercevait qui filait tour à tour sur tous les sillons du ciel, faisant courir en tous sens son petit coq de fer, il nous disait : « Allons, prenez les couvertures, on est arrivé. »

 

Proust y revient à deux reprises dans Du côté de chez Swann

*chaque année en venant de Paris, on nous recommandait de faire bien attention, quand ce serait Combray, de ne pas laisser passer la station, d’être prêts d’avance car le train repartait au bout de deux minutes.

*Nous nous engagions dans le sentier de halage qui dominait le courant d’un talus de plusieurs pieds ; de l’autre côté la rive était basse, étendue en vastes prés jusqu’au village et jusqu’à la gare qui en était distante.

 

…mais aussi dans Le Temps retrouvé (même si Combray a alors été resitué du côté de la Champagne) :

*Gilberte m’écrivait (c’était à peu près en septembre 1914) que quelque désir qu’elle eût de rester à Paris pour avoir plus facilement des nouvelles de Robert, les raids perpétuels de taubes au-dessus de Paris lui avaient causé une telle épouvante, surtout pour sa petite fille, qu’elle s’était enfuie de Paris par le dernier train qui partait encore pour Combray, que le train n’était même pas allé à Combray et que ce n’était que grâce à la charrette d’un paysan sur laquelle elle avait fait dix heures d’un trajet atroce, qu’elle avait pu gagner Tansonville ! « Et là, imaginez-vous ce qui attendait votre vieille amie, m’écrivait en finissant Gilberte. J’étais partie de Paris pour fuir les avions allemands, me figurant qu’à Tansonville je serais à l’abri de tout. Je n’y étais pas depuis deux jours que vous n’imaginerez jamais ce qui arrivait : les Allemands qui envahissaient la région après avoir battu nos troupes près de La Fère, et un état-major allemand suivi d’un régiment qui se présentait à la porte de Tansonville, et que j’étais obligée d’héberger, et pas moyen de fuir, plus un train, rien. »

 

Que pense le maire de l’intérêt d’un tel hommage à celui qu’il appelle « notre gloire locale » ? Il a toutes les clés en main.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique, Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Has one comment to “Une gare de 140 ans”

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  1. Patrice~
    I am sure you have seen this old film of Illiers. I didn’t want to advertise it, for fear that it will be « taken down. »

    So, let’s keep it here….just for your fans!

    http://www.ina.fr/video/PAF05072998/eure-et-loir-pays-de-proust-video.html

    Best,
    Marcelita

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